Édition internationale

Drones, taxis volants et livraisons : Hong Kong prépare son économie du ciel

Le premier vol public d’un appareil électrique autonome capable de transporter des passagers a été organisé le 28 août à Cyberport. Derrière cette démonstration, Hong Kong accélère le développement de son économie de basse altitude notamment autour des expérimentations et la préparation d’un nouveau cadre législatif qui permettrait aussi de futures liaisons avec la Chine continentale.

hong-kong-evtol-taxi-drone-air-ehang-china-gbahong-kong-evtol-taxi-drone-air-ehang-china-gba
Écrit par Marion Burlaud
Publié le 7 septembre 2026

À Cyberport, un premier test pour les taxis volants

Un nouvel appareil a fait son apparition dans le ciel hongkongais. Le 28 août 2026, un aéronef électrique à décollage et atterrissage verticaux, plus couramment appelé eVTOL, a réalisé son premier vol public à Hong Kong depuis le front de mer de Cyberport, à Pok Fu Lam.

Développé par l’entreprise chinoise EHang, le modèle EH216-S a effectué plusieurs rotations le long d’itinéraires préprogrammés. Aucun passager ne se trouvait à bord : pour cette démonstration, l’appareil transportait un robot humanoïde. D’autres vols publics ont ensuite été organisés jusqu’au 30 août afin d’observer son fonctionnement dans le cadre de plusieurs opérations successives.

Contrairement à un avion ou à un hélicoptère traditionnel, l’EH216-S n’a besoin ni de piste de décollage ni de pilote embarqué. Propulsé par l’électricité, il peut décoller verticalement, se déplacer selon une trajectoire définie à l’avance, rester en vol stationnaire puis atterrir de la même manière. Bien que souvent présenté comme un « taxi volant », l’appareil reste pour l’instant cantonné à des vols de validation à Hong Kong.

Cette première démonstration locale est le résultat d’une collaboration entre EHang, le groupe de transport hongkongais Kwoon Chung Bus Holdings et Cyberport. Les trois partenaires avaient signé un protocole d’accord en décembre 2024 afin d’étudier le déploiement de cette technologie dans la ville.

Kwoon Chung avait par ailleurs annoncé son intention d’acquérir 30 appareils auprès d’EHang pour un montant supérieur à 70 millions de dollars hongkongais. Le groupe envisage de les utiliser à terme pour le transport de passagers et de marchandises, sans qu’un calendrier de mise en service commerciale à Hong Kong ait encore été annoncé.

L’appareil est déjà autorisé à transporter des passagers en Chine continentale. Depuis 2025, certains opérateurs peuvent ainsi proposer des vols touristiques payants à Guangzhou et Hefei. Ces autorisations ne s’appliquent toutefois pas à Hong Kong, où l’EH216-S reste en phase de test. Le vol organisé à Cyberport permettra aux autorités locales de recueillir leurs propres données avant d’élaborer un cadre adapté à ce nouveau type d’appareil.

 

Des drones aux opérations de secours

Les taxis volants ne représentent que la facette la plus visible de ce que le gouvernement hongkongais désigne comme la « low-altitude economy », ou économie de basse altitude. Cette notion regroupe les activités réalisées dans les couches inférieures de l’espace aérien, généralement sous les 1 000 mètres : livraison par drone, interventions d’urgence, inspection d’infrastructures, surveillance de bâtiments, transport de marchandises ou encore déplacement de passagers.

Hong Kong a commencé à structurer cette nouvelle filière en mars 2025 avec le lancement d’un premier « Regulatory Sandbox ». Ce dispositif permet aux entreprises, universités et organismes publics de tester des technologies dans un environnement contrôlé, avant leur éventuelle intégration dans la réglementation et dans les activités courantes.

Sur 72 candidatures reçues, 38 projets avaient été retenus lors de cette première phase. Ils concernaient notamment les secours, la livraison, l’inspection et la maintenance d’infrastructures, la surveillance ainsi que le développement d’équipements nécessaires aux opérations aériennes de basse altitude.

Le gouvernement a ensuite lancé, en novembre 2025, un programme plus avancé baptisé « Regulatory Sandbox X ». Plus de 100 propositions ont été soumises dans le cadre de cette nouvelle phase. Une première sélection de 33 projets doit être mise en œuvre progressivement, dont quatre portant sur des appareils non conventionnels comme les eVTOL de plus de 150 kg.

Le dispositif doit également permettre de tester des systèmes de gestion du trafic aérien, l’utilisation simultanée de plusieurs appareils et certaines opérations transfrontalières. Les essais prennent en compte les particularités de Hong Kong : densité des constructions, relief, conditions météorologiques, zones maritimes, stabilité des communications ou encore proximité avec les routes empruntées par les avions et les hélicoptères.

L’objectif n’est donc pas uniquement de vérifier qu’un appareil peut voler. Les autorités doivent aussi déterminer comment réagir en cas d’urgence, séparer les différents usagers de l’espace aérien et assurer la fiabilité des systèmes de communication et de positionnement. Les données recueillies serviront ensuite à définir les conditions dans lesquelles ces technologies pourront, ou non, être déployées à plus grande échelle.

Le gouvernement hongkongais travaille parallèlement à une législation spécifique pour les appareils non conventionnels, notamment les eVTOL pesant plus de 150 kg. La rédaction de ce nouveau cadre doit être achevée en 2027.

 

Liaisons dans la Greater Bay Area

Au-delà des usages locaux, le développement de l’économie de basse altitude s’inscrit dans une perspective régionale. Le gouvernement souhaite notamment étudier la création de liaisons aériennes entre Hong Kong et les autres villes de la Greater Bay Area.

À quelques kilomètres de la frontière, Shenzhen développe déjà son propre écosystème autour des drones et des eVTOL. La municipalité a adopté une réglementation consacrée à l’économie de basse altitude et mis en place des aides pour soutenir la certification des appareils, les opérateurs, les infrastructures et l’ouverture de nouvelles routes commerciales.

Pour Hong Kong, une connexion aérienne avec Shenzhen pourrait un jour concerner aussi bien le transport de marchandises que celui de passagers. À ce stade, il s’agit toutefois d’une perspective étudiée dans le cadre des programmes pilotes, et non d’un service déjà approuvé.

Les essais transfrontaliers doivent encore déterminer comment coordonner les autorités des deux territoires et gérer les formalités douanières, migratoires et sanitaires. Le Regulatory Sandbox X prévoit précisément de tester ces procédures en collaboration avec les administrations de Hong Kong et de Chine continentale.

Avant qu’un véritable corridor aérien puisse voir le jour, plusieurs obstacles restent à lever. Une multiplication des vols nécessiterait notamment des zones de décollage et d’atterrissage, des installations de recharge et de maintenance, ainsi qu’un système capable de gérer simultanément drones, eVTOL, hélicoptères et avions traditionnels.

La sécurité au-dessus des zones densément peuplées, le coût des infrastructures, la couverture assurantielle et la protection des données figurent également parmi les questions encore ouvertes. Une étude du Conseil législatif hongkongais soulignait notamment le coût élevé du déploiement des vertiports et la complexité de l’intégration d’un grand nombre d’appareils autonomes dans les systèmes existants de gestion du trafic aérien.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos